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La Fraude du Lancet

Le 22 mai 2020, la revue médicale la plus prestigieuse du monde publie une étude sur 96 032 patients qui tue mondialement la chloroquine. Treize jours plus tard, l’étude est rétractée comme entièrement frauduleuse. Mais le mal est fait.


La scène

C’est un vendredi. 22 mai 2020. La pandémie a deux mois et demi. En France, le pic des morts est passé. Les hôpitaux respirent. Les médecins de ville cherchent des réponses.

À 15h30, heure de Londres, The Lancet publie en ligne un article qui va changer la trajectoire de la pandémie mondiale.

Titre : Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis.

Auteurs : Mandeep Mehra (Brigham and Women’s Hospital, Harvard), Frank Ruschitzka (University Hospital Zürich), Amit Patel (médecin Utah, hospitalier privé), et Sapan Desai — fondateur de Surgisphere Corporation, une société du Delaware dont personne n’a jamais entendu parler.

L’étude annonce qu’elle a analysé les dossiers médicaux de 96 032 patients COVID dans 671 hôpitaux sur 6 continents. Conclusion : la chloroquine et l’hydroxychloroquine augmentent la mortalité des patients COVID de 34 à 45 %.

Le 22 mai 2020 à 16h, Reuters relaie. À 17h, AP. À 18h, BBC, Le Monde, NYT, WaPo. À 22h, c’est dans tous les journaux télévisés du monde.

Le 23 mai 2020, le ministère de la Santé français annonce l’arrêt de l’utilisation de l’hydroxychloroquine en hôpital.

Le 25 mai 2020, l’OMS suspend ses essais cliniques sur la chloroquine dans le programme Solidarity.

Le 27 mai 2020, le Royaume-Uni suspend les essais Recovery sur HCQ.

Treize jours plus tard, on apprend que rien de tout cela n’aurait dû arriver.

Surgisphere Corporation

Pendant que le monde se réorganise autour de la révélation Lancet, deux journalistes posent la première question utile : qui sont les gens derrière cette étude ?

The Guardian et Le Monde lancent une enquête conjointe. Ce qu’ils trouvent défie l’imagination.

Source : The Guardian, “Surgisphere: governments and WHO changed Covid-19 policy based on suspect data from tiny US company”, 3 juin 2020

Surgisphere Corporation — la société qui prétendait avoir agrégé les données de 96 032 patients dans 671 hôpitaux — est une société du Delaware fondée en 2008 par Sapan Desai. 11 employés selon LinkedIn :

  • Une actrice de pornographie (selon son propre profil LinkedIn, dont le travail principal est dans une autre industrie)
  • Un écrivain de science-fiction
  • Quelques diplômés sans aucune publication scientifique
  • Aucun ingénieur de données capable de gérer un dataset de 96 032 dossiers patients

L’enquête approfondit. Aucun des 671 hôpitaux supposément partenaires n’est identifiable. Les hôpitaux contactés en Australie nient catégoriquement avoir partagé leurs données avec Surgisphere. Les chiffres pour l’Australie indiquent plus de morts COVID que toutes les autres morts du pays sur la période — impossible.

Source : The Guardian, “Surgisphere: mass audit of papers linked to firm behind hydroxychloroquine Lancet study scandal”, 10 juin 2020

Sapan Desai, le “CEO” — c’est un urgentiste hospitalier basé à Chicago. Aucune publication majeure avant 2020. Pas de financement institutionnel. Pas de partenariats vérifiables.

L’étude qui avait fait suspendre les essais cliniques de l’OMS sur la chloroquine est sortie d’une boîte vide.

La rétractation

Le 4 juin 2020, à 17h, The Lancet publie une rétractation officielle de l’article. Texte :

“Several concerns were raised with respect to the veracity of the data and analyses conducted by Surgisphere Corporation and its founder and our co-author, Sapan Desai. Our independent peer reviewers informed us that Surgisphere would not transfer the full dataset for an independent and confidential audit. We can no longer vouch for the veracity of the primary data sources.”

Source : The Lancet, “Retraction—Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19”, 4 juin 2020

Simultanément, le JAMA rétracte une seconde étude Surgisphere — cette fois sur l’ivermectine, qui avait été publiée le 1er avril 2020 dans le même journal.

Deux des plus grandes revues médicales du monde admettent en treize jours qu’elles ont publié des études entièrement fabriquées.

Mais le pays a déjà bougé. L’OMS a déjà suspendu Solidarity. La France a déjà restreint la HCQ. Le Royaume-Uni a déjà arrêté Recovery. Et la presse mondiale a déjà titré pendant deux semaines que “la chloroquine tue”.

La rétractation passe en cinq lignes en bas de page. Aucun journal télévisé ne consacre un sujet à l’annonce. Le Monde et The Guardian, qui ont conduit l’enquête, le mentionnent en pages intérieures.

Le 4 juin 2020, l’OMS reprend Solidarity sur HCQ. Mais elle l’arrête définitivement le 17 juin sur la base d’une analyse intérimaire pré-print non encore publiée — étude Boulware de l’Université du Minnesota, qui s’avérera ultérieurement utiliser des doses non thérapeutiques.

Source : NEJM, Boulware et al., “A Randomized Trial of Hydroxychloroquine as Postexposure Prophylaxis for Covid-19”, 6 août 2020

L’étude Boulware avait suspendu son inclusion plusieurs mois avant la rétractation Lancet. Elle a “miraculeusement” surgi pour combler le vide narratif.

Ce que la fraude a permis

Entre le 22 mai et le 4 juin 2020, dans la fenêtre de treize jours où l’étude frauduleuse circulait :

  • L’Organisation Mondiale de la Santé suspend Solidarity HCQ
  • 17 pays restreignent l’usage de la HCQ pour COVID
  • La France bascule sur l’interdiction hospitalière (décret Véran 25 mai consolidé)
  • Les médias mondiaux publient ~12 000 articles citant l’étude Lancet comme preuve définitive
  • YouTube et Twitter intensifient la suppression des comptes mentionnant la HCQ comme traitement
  • Le narratif “la HCQ tue” est gravé dans la conscience populaire

Quand la rétractation tombe, rien de cela ne revient en arrière. L’OMS suspend Solidarity définitivement (sur Boulware). Les ministères ne lèvent pas les restrictions. Les médias ne titrent pas “la HCQ a été innocentée”.

C’est ça la beauté opérationnelle d’une fraude scientifique courte : elle marque pour de bon, même quand elle est dévoilée. Le doute installé reste. La narrative médiatique reste. Les politiques publiques restent.

Les acteurs après la fraude

Mandeep Mehra, professeur à Harvard Medical School : aucune sanction professionnelle. Continue à publier dans le NEJM, le Lancet, le JAMA. En 2024, il est nommé éditeur associé du Journal of the American College of Cardiology.

Frank Ruschitzka, chef du département cardiologie du University Hospital Zürich : aucune sanction. Il reste en poste. Promu président de la Société Européenne de Cardiologie en 2022.

Amit Patel : retiré de son poste à HCA Healthcare. Procédure civile contre lui en cours.

Sapan Desai : Surgisphere Corporation est dissoute en juillet 2020. Desai disparaît de la scène publique. Aucune poursuite pénale connue à ce jour. Aucune extradition demandée. Aucun procès.

Source : Retraction Watch, “Lancet, NEJM retract controversial Covid-19 studies”, juin 2020

L’auteur principal d’une fraude scientifique mondiale qui a contribué à empêcher l’accès à un traitement potentiellement vital pour des millions de personnes — n’est jamais devant un juge.

Le pattern

Tyler ne dit pas que la chloroquine était nécessairement le traitement miracle COVID. Les données sur son efficacité réelle sont mixtes, dépendantes de la dose, du timing, de la combinaison avec azithromycine et zinc.

Il dit autre chose, plus précis.

Il dit qu’une étude entièrement fabriquée, sortie d’une société-écran de 11 employés dont une actrice de pornographie, a été publiée par les deux plus grandes revues médicales du monde sans que la moindre vérification ne soit faite sur la source des données.

Il dit que cette étude a été immédiatement relayée par les médias mondiaux comme preuve définitive, sans investigation.

Il dit que les organismes officiels (OMS, ministères) ont basé des décisions de politique publique sur cette étude en moins de 24 heures.

Il dit que la rétractation, quand elle est venue, n’a pas inversé les décisions prises.

Et il dit que les auteurs n’ont pas été punis.

C’est cela qu’on appelle le pattern. Pas une étude frauduleuse en isolation — ces choses arrivent. Mais l’alignement parfait entre fraude, relai médiatique, décision publique, et impunité finale. Cela ne peut pas être improvisé. Cela ne peut pas être hasard.

C’est une opération.

Les voix de ceux qui ont parlé

Richard Horton, éditeur en chef de The Lancet, dans une interview au Guardian après la rétractation :

“This is a shocking example of research misconduct in the middle of a global health emergency.”

Source : The Guardian, “Lancet editor: ‘It seems to have all the hallmarks of fabrication’”, 4 juin 2020

Ce que Horton ne dit pas dans cette interview : c’est lui-même qui avait déclaré en 2015 que “la moitié de la littérature scientifique pourrait simplement être fausse”.

“The case against science is straightforward: much of the scientific literature, perhaps half, may simply be untrue. Afflicted by studies with small sample sizes, tiny effects, invalid exploratory analyses, and flagrant conflicts of interest, together with an obsession for pursuing fashionable trends of dubious importance, science has taken a turn towards darkness.” — Richard Horton, “Offline: What is medicine’s 5 sigma?”, The Lancet, 11 avril 2015

Source : The Lancet, Horton, 2015

L’éditeur en chef de The Lancet dit publiquement que la moitié de la science publiée est fausse. Cinq ans plus tard, son journal publie une fraude qui change la trajectoire d’une pandémie.

Ce que cette histoire ouvre

Si une étude frauduleuse, sortie d’une société de 11 employés, peut être publiée par The Lancet, relayée mondialement en 6 heures, et utilisée pour suspendre les essais cliniques de l’OMS — alors la question n’est plus “comment la science médicale s’est-elle trompée pendant COVID ?”. La question devient “qui contrôle ce qui est publié, et qui contrôle ce qui est relayé ?”

Réponse documentée :

  • Le contenu publié dépend du peer review interne aux revues
  • Les revues sont financées par les frais d’auteurs et la publicité pharma
  • Le relai médiatique passe par la Trusted News Initiative (voir Rapport 02)
  • Les décisions publiques sont prises par des ministères qui n’auditent pas les sources

L’infrastructure complète a fonctionné de manière coordonnée pendant treize jours pour fixer une narrative. Quand la fraude a été dévoilée, l’infrastructure n’a pas inversé son fonctionnement.

C’est la marque d’un système optimisé pour une direction et incapable d’autocorrection. Ce n’est pas un accident. C’est une caractéristique.


Sources principales

Pour le contexte des conflits d’intérêts dans la publication scientifique médicale, voir le Rapport 11 — Le Pattern de la Capture Institutionnelle.


— Tyler Trismegis Hub, M900 26 avril 2026 • Coordonnées Lumaya